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Les migrations germaniques (alias les invasions barbares) : les ostiques et les westiques

Les historiens romanophones parlent des « grandes invasions », ou des « invasions barbares ». Les historiens germanophones préfèrent évoquer des « Volkerwanderung », des migrations. C’est une terminologie à laquelle s’est rallié l’auteur de cet ouvrage. En se plaçant sur le seul plan de l’empire romain, il y aurait effectivement franchissements de frontières, donc invasions. Mais il est ici question de l’Europe, et c’est sur le plan européen qu’il faut voir les choses. Les Germains ne font que se déplacer à l’intérieur des limites d’un continent qui est aussi le leur : ce sont bien des migrations. Encore ce terme ne s’applique-t-il pas à tout le monde.

En fonction de leurs territoires originels, ces Germains ont été partagés en deux groupes, ostique et westique (le groupe nordique n’est pas évoqué ici).

Le premier (groupe  ostique) comprend les Gots, les Burgundions  et les Vandales auquel l’on peut rattacher les Hérules. Tous quittent leurs territoires originels et parcourent des milliers de kilomètres à travers toute l’Europe avant de se fixer. C’est la « Grande marche des populations » (Volk : le peuple - Wanderung : randonnée).

Le second (groupe westique) concerne essentiellement les Alamans et les Francs.  A l’inverse des autres, ils ne quittent pas leurs territoires d’origine, mais l’étendent. Initialement situés sur la rive droite du Rhin, ils franchissent le fleuve et s’implantent aussi sur la rive gauche. Il ne s’agit donc pas, pour eux, de migrations, mais d’expansion territoriale.

Les migrations du groupe ostique

Les Gots sont, eux-mêmes, séparés en Ostrogots  (Gots de l’est) et en Wisigots (Gots de l’ouest) : après être partis du même territoire d’origine, ils se sont retrouvés pour les uns à l’est du Dniestr, pour les autres à l’ouest de ce même fleuve, entre celui-ci et le Danube, d’où ces qualificatifs complémentaires.

En 376, l’invasion hunnique  (il s’agit bien ici d’une invasion, les Huns étant venus d’Asie) crée une situation nouvelle. Les Ostrogots sont absorbés (temporairement) par les Huns, tandis que les Wisigots, apeurés, franchissent le Danube et se réfugient en territoire impérial, avec l’accord de Valens, le coempereur de Constantinople.

Peu après, l’empire ayant été partagé entre les fils de Théodose, Arcadius regrette la faveur octroyée aux Wisigots par son prédécesseur Valens, et leur suggère d’aller voir du côté de l’Italie, domaine de son jeune frère Honorius. Ils parcourent donc toute l’Italie, du nord au sud, puis, bloqués par le détroit de Messine, ils remontent du sud au nord, franchissent les Alpes, pénètrent dans la Provincia romana et vont finalement s’installer dans la Gaule aquitaine. 

Les Huns, vaincus en 451, aux Champs Catalauniques, disparaissent de l’histoire. Les Ostrogots, qui retrouvent leur liberté, s’installent en Macédoine, avec l’accord de l’empereur d’Orient Marcien. 

Les Hérules, après avoir quitté leur territoire originel scandinave et s’être fixés temporairement aux environs de la Mer d’Azov, se dirigent ensuite vers la Thrace. En 476, Odoacre, le roi hérule, demande à Romulus Augustule, le jeune empereur d’Occident, l’autorisation de s’installer en Italie avec le statut d’allié fédéré (foederatus). Cette demande ayant été repoussée, Odoacre entre de force en Italie et dépose Romulus Augustule. L’empire romain d’Occident a cessé d’exister. Odoacre se met au service de l’empereur d’Orient, devenu empereur unique, et se fait reconnaître le titre de « patrice d’Italie ».

Les Vandales [cliquer sur la carte pour l'agrandir], partis du Jutland, vont et viennentCarte des migrations en Europe centrale avant de franchir le Rhin. Ils  traversent alors toute la Gaule et occupent la péninsule ibérique, dont une région prend leur nom : la Vandalousie, devenue ensuite Andalousie. Mal acceptés dans ce nouveau pays d’accueil, vers l’an 430, ils franchiront les Colonnes d’Hercule et s’éparpilleront dans le Maghreb. Depuis l’ancienne Carthage, ils lanceront des raids dévastateurs dans toute la Méditerranée.

Les Burgondions (Burgondes), à l’encontre des autres Ostiques, n’effectuent pas une migration lointaine, mais un simple glissement, en se contentant, depuis les sources du Main, de s’installer dans ce qui sera ultérieurement la Bourgogne.

Les Ostrogots, enfin, font à nouveau parler d’eux.  Ils ne sont pas bien vus, eux non plus, en Macédoine,  où ils s’étaient arrêtés avec l’autorisation de l’empereur d’Orient  Marcien après la défaite d’Attila et la chute du royaume des Huns.  Le nouvel empereur d’Orient, Zénon, leur confie la mission d’aller reconquérir l’Italie à son profit, en boutant hors de la péninsule les Hérules d’Odoacre. Odoacre est vaincu en 493, et l’Italie tombe sous la férule des Ostrogots.

Un diaporama cartographique en six volets donne un résumé schématique des migrations ostiques [extrait pdf].

L'expansion du groupe westique

Les Alamans

Après avoir vainement tenté, durant des siècles, de pénétrer en territoire impérial romain (en 212, 250, 268, 324, 352, et 364), ils profitent en 406 de deux facteurs qui leur sont favorables : l’empire romain d’Occident, aux mains du jeune et faible empereur Honorius, est plus vulnérable que jamais, et le Rhin est gelé. Ils le franchissent, et étendent leur territoire sur la rive gauche. Leur royaume est ainsi à cheval sur le Rhin supérieur. Mais l’existence de ce nouveau petit royaume alaman sera brève : en 496, une sévère défaite à Tolbiac leur fera perdre la moitié du royaume. L’autre moitié ne lui survivra que de peu.

Les Francs

Les Francs « Saliens », implantés sur la rive droite du Rhin inférieur, et les Francs « rhénans » (ou « ripuaires »), sur le Rhin moyen, s’installent eux aussi en territoire impérial tout en gardant leur territoire d’origine.
Les Francs rhénans n’auront pas une grande notoriété dans le futur. Mais les Francs saliens feront beaucoup parler d’eux : Clovis, fils du roi de Tournai Childéric, étendra sa domination sur toute la Gaule. C’est le début de la marche vers l'Europe Franque




 


 
   
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