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Vers la fin de l'Europe franque : la succession de Charlemagne

814, Louis empereur

En 814, la succession de Charlemagne ne soulève aucun problème majeur. De ses quatre fils, trois sont morts prématurément avant leur père : Pépin d’Italie en 810, Pépin le Bossu et Charles en 811. Reste donc seul en lice Louis d’Aquitaine, qui devient, en 814, empereur d’Occident sous le nom de Louis le Pieux. Seule exception à l’unicité de l’empire : Bernard, fils de Pépin d’Italie,  est roi d’Italie. L’empereur Louis ne règne pas directement sur l’Italie : il n’est « que » le suzerain de son neveu, lequel est « roi en son royaume ».


817, l'Ordinatio Imperii

Mais dès 817, Louis le Pieux ne pense qu’à une chose : sa propre succession, qu’il tente d’organiser au mieux entre ses trois fils, Lothaire, Pépin et Louis. L’Ordinatio imperii (la «mise en ordre de l’empire») y pourvoit : l’empire sera confié à l’aîné, Lothaire. De ce territoire immense seront détachés trois royaumes placés sous la suzeraineté de Lothaire : l’Aquitaine, donnée à Pépin, la Bavière, donnée à Louis (appelé le Germanique), et l’Italie, dont Bernard reste le roi.

Bernard, qui avait déjà du mal à se reconnaître le vassal de son oncle Louis (le Pieux), refuse formellement de devenir le futur vassal de son cousin germain. Bernard est alors destitué, puis assassiné (on lui arrache les yeux, et il meurt trois jours plus tard). Le royaume d’Italie, désormais sans roi, repasse sous l’autorité directe de l’empereur.


829, la convention de Worms

Louis le Pieux, devenu veuf, se remarie. En 823, un quatrième fils lui arrive de ce second lit : Charles (le futur Charles le Chauve). L’Ordinatio imperii devient caduque. Elle est remplacée, en 829, par la Convention de Worms, qui avantage largement le jeune Charles, alors âgé de 6 ans. Lothaire, le grand perdant de l’affaire, en fait le reproche à son père. Celui-ci le destitue immédiatement de sa future charge d’empereur et le rétrograde au simple rang de roi d’Italie, en remplacement de son cousin Bernard assassiné. Lothaire se révolte pour de bon, et la Convention de Worms est illico abandonnée : on en revient à l’Ordinatio imperii, dans laquelle Charles, qui n’était pas né en 817, ne figurait pas dans la liste des héritiers. Mais Charles est bien trop jeune pour se rebeller.

Le calme revient alors dans les esprits.

Cela ne dure pas.


833, la bataille du Rothfeld

En 831, Louis le Pieux, qui tient toujours à doter avantageusement le jeune Charles, annule à nouveau l’Ordinatio et refait un partage : l’Aquitaine passe de Louis à Charles, qui reçoit ainsi, avec plusieurs autres régions, la part du lion. Les trois autres frères entrent en lutte armée contre l’empereur qui, en 833, est battu à la bataille du Rothfeld, près de Colmar. Lothaire, Pépin et Louis, vainqueurs, destituent leur père. Lothaire, l’aîné, devient empereur.

La destitution de l’empereur par ses propres enfants passe mal dans l’esprit des sujets de l’empire, et la révolte gronde. En 835, Pépin et Louis, à l’écoute de leurs futurs sujets respectifs, opèrent un renversement d’alliance. Ils tournent le dos à leur frère Lothaire et, à la Diète de Nimègue, remettent leur père sur son trône impérial.

Louis le Pieux, redevenu empereur, ne pense de nouveau qu’à une chose : doter (avantageusement) Charles, à qui, en 837, il réserve pratiquement, cette fois, la moitié des territoires de l’empire. Lothaire, redevenu simple empereur présomptif, accepte, de mauvais gré, de signer, en 839, la convention de Worms réaménagée reconnaissant les futurs droits de Charles.

Mais la situation est explosive entre les trois enfants encore vivants de l’empereur (Pépin est mort en 838) lorsque Louis le Pieux meurt à son tour en 840.


Vers le traité de Verdun de 843

Louis (34 ans) et Charles (17 ans) veulent que le territoire de l’empire soit partagé en trois royaumes placés sur un pied d’égalité, alors que Lothaire s’accroche à son titre d’empereur et entend voir ses frères devenir ses vassaux. La guerre est déclarée entre les deux camps. En 841, la bataille de Fontanet se clôt par la défaite militaire de Lothaire.

Les deux vainqueurs, Louis et Charles, craignent une vengeance de Lothaire. Ils scellent, entre eux, et font jurer par leurs soldats respectifs, un pacte d’alliance indéfectible : ce sont les fameux serments de Strasbourg de 842 : en cas de conflit avec Lothaire, les deux frères se secourront mutuellement, et personne ne signera de paix séparée.

Ainsi assurés, ils décident de prendre les devants et de partir sus à leur frère, l’empereur Lothaire. Celui-ci voit qu’il est en train de perdre la partie. Il expédie des émissaires à ses deux frères et leur propose un modus vivendi définitif.

Celui-ci est signé par les trois belligérants : c’est le catastrophique traité de Verdun de 843, qui divise l’empire de Charlemagne et de Louis le Pieux en trois royaumes oblongs orientés nord-sud :

– Louis le Germanique est roi de la « Frankie orientale » (noyau de la future Allemagne) ;

– Charles est roi de la Frankie occidentale (noyau de la future France) ;

– Lothaire est roi, avec le titre honorifique d’empereur, de la Frankie médiane (la future Alsace-Lorraine, qui empoisonnera, durant des siècles, les relations franco-allemandes).  Le « royaume impérial » de Lothaire se poursuit vers le sud en englobant, par delà les Alpes, le royaume d’Italie, c'est-à-dire l’Italie septentrionale. (cliquer sur l'image pour l'afficher en plus grand).

 


 


 
   
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