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Vers l'Europe franque

Clovis et son temps

En 481, Clovis devient, à 15 ans, roi de Tournai au décès de son père Childéric, lequel fut, un  temps, légat romain pour le territoire de Soissons sous obédience romaine. Mais l’empire n’existe plus depuis cinq ans, et Clovis ne voit pas pourquoi resterait sur le sol de Gaule cette survivance d’un régime disparu. En 486, il bat Syagrius, le légat romain, et annexe ce territoire de Soissons. A la demande du roi des Francs rhénans, il se tourne ensuite contre les Alamans, qu’il vainc à Tolbiac en 496. Puis sa soif de pouvoir lui fait absorber, après une victoire à Vouillé en 507, le royaume des Wisigots. 

En 509, il est élu roi des Francs rhénans. Entre temps, il s’est fait chrétien, ce qui est son acte politique (et non religieux !) le plus important : il s’est assuré ainsi l’aide et la protection de tout le monde chrétien et de sa hiérarchie, évêques compris. A sa mort, en 511, son royaume s’étend de la Weser aux Pyrénées. (cliquer sur la carte pour l'agrandir).Carte de l'Europe en 511

Ses 4 fils se partagent le royaume, qui éclate en 7 fragments : si Clodomir se retrouve roi d’un territoire unique à cheval sur la Loire, Childebert, Clotaire et Thierry récupèrent chacun  un morceau au nord et un morceau au sud du royaume de Clodomir, autrement dit un territoire de langue germanique et un territoire de langue romane.

Les quatre royaumes francs issus du partage de 511 connaissent des sorts divers, à mesure que leurs rois s’éteignent et que les « arrangements » familiaux s’organisent. Finalement, Clotaire redevient le roi d’un royaume unique. Mais ce n’est que pour 3 ans. A sa mort, un nouveau partage en quatre est un peu moins maladroit que celui de 511 : Caribert, Gontran, Sigebert et Chilpéric sont rois de territoires d’un seul tenant.

Si les rois s’entendent plus ou moins bien entre eux, c’est la haine qui s’installe entre deux des reines : Brunehaut, l’épouse de Sigebert, et Frédégonde, l’épouse de Chilpéric. Il s’ensuit une période extrêmement confuse dans le « Regnum Francorum », avec guerres fratricides et meurtres en tout genre.

Tout finit par rentrer dans l’ordre avec le « recollement » de tous les morceaux du royaume franc sous Clotaire II (613-629) et surtout Dagobert (629-639).

Pendant ce temps, le nouvel empereur de Constantinople, Justinien, entreprend la reconquête de l'Italie sur les Ostrogots et celle de l'Espagne sur les Wisigots. Il n'y parvient que partiellement.

Les rois fainéants

L’âge des rois francs suppose des régences. En Austrasie, le royaume de l’est, (on retrouve, aujourd’hui, la même construction sémantique avec « Ostreich », l’Autriche, royaume de l’est : Ost Reich), c’est Pépin de Landen, un grand du royaume, qui occupe la fonction aux côtés du roi Sigebert III, qui n’a que 8 ans. En Neustrie (Ne Ost : le royaume « qui n’est pas à l’est »), Clovis II, âgé de cinq ans, est secondé par Ebroïn, personnage tors et ambitieux. La guerre éclate entre les deux maires du palais. Le sort semble sourire à la Neustrie, mais c’est finalement Pépin de Herstal, petit-fils et successeur de Pépin de Landen qui sort vainqueur de la compétition.

lire l'extraitA propos des rois fainéants.

Pépin le Bref

La situation se complique au royaume des Francs avec l’irruption de nouveaux envahisseurs (des vrais, ici aussi) : les Arabes, qui ont conquis l’Espagne en 711. Ils franchissent les Pyrénées et se mettent en devoir de conquérir la Gaule. Ils y arrivent presque à l’est du pays : ils remontent la vallée du Rhône et de la Saône et parviennent même à Autun, aux sources de la Seine. Mais à l’ouest, un brillant adversaire les stoppe à Poitiers : Charles Martel, arrière petit-fils de Pépin l’Ancien. Il y acquiert une gloire qui lui permet de faire passer sous son autorité la totalité du Regnum Francorum .

A sa mort, Charles Martel, qui n’est pas roi, agit en roi : il partage son « royaume » en deux, et en donne une moitié (la Germanie) à son fils Karloman, et l’autre moitié (la Gaule) à son second fils Pépin dit le Bref. En 747, Karloman décide de quitter la vie publique et de se faire moine. Il confie la gestion de la Germanie à Pépin, et se retire au Mont Cassin.

Pépin est désormais le seul maître de tout le Regnum Francorum. Mais il n’en est pas roi : il y a toujours un descendant mérovingien falot et inopérant sur le trône.

Pépin adresse alors au pape une question directe : « qui est roi dans un pays, le premier, qui ne fait rien, ou le second, celui qui fait tout ? » La réponse du pape est nette : « c’est celui qui fait tout ». Pépin détrône alors le roi légitime, Childéric, expédié en l’abbaye de Saint Bertin à Saint-Omer, dans le nord de la Gaule, et se fait élire roi des Francs.

Pour payer sa dette, Pépin vient au secours du pape, qui est en délicatesse avec tout le monde  (l’empereur byzantin, le roi d’Italie, laquelle est passée, entretemps, de la domination ostrogote à la domination longobarde …). Il lui fait cadeau du « patrimoine de Saint Pierre  », vaste domaine allant des côtes de la Mer Adriatique aux côtes de la Méditerranée, pris au roi d’Italie, et séparant l’Italie du nord de l’Italie méridionale. Le pape devient ainsi une puissance temporelle avec laquelle, bientôt, il faudra compter.


Vers l'empire

Pépin Ier mort en 768, son fils Charles prend la tête du royaume (avec son frère Karloman, pour un très court moment). Charles se lance alors dans une série de conquêtes qui donnent à son royaume une dimension peu commune. Il s’étend de la Saxe jusqu’au nord de l’Espagne (les « Marches d’Espagne »), et des côtes atlantiques jusqu’à la Bavière. Puis il s’empare du nord de l’Italie, qu’il arrache au roi longobard Didier, dont il ceint la fameuse « couronne de fer ».

En 800, Charles est couronné empereur et devient Charlemagne. Il règne sur  presque toute l’Europe.

Il meurt en 814, et son fils Louis dit le Pieux accède au trône impérial.

C’est le commencement de la fin. Dans quelques années, ce sera, en 843, le traité de Verdun et le démembrement de l’empire carolingien.




 


 
   
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